Partager l'article ! Le mois de Ramadhan, sermon de son Eminence l'Ayatollah al-'Uzmâ Muhammad Hussein Fadlullah: Le renouvellement des significations spirituelles ...
Le renouvellement des significations spirituelles
Dans son invocation, en accueillant le mois de Ramadan et juste au premier jour de ce mois, l’Imâm ‘Alî Ibn al-Hussein, Zayn al-‘Âbidîn (p), a mis en exergue la valeur distinctive de ce mois. Il a montré comment l’homme peut-il s’y élever spirituellement vers Dieu, comment peut-il s’y ouvrir vis-à-vis de ses responsabilités envers soi-même et envers les gens qui l’entourent, afin qu’il soit, lors de ce mois, un Musulman en profondeur, de sorte que l’Islam ne soit pas, pour lui, un simple état superficiel qui ne s’exprimerait qu’à travers des mots, des pratiques cultuelles qui ne pénètrent pas jusqu’aux fonds de son Etre, ou de simples lectures dont il n’en comprend rien. L’Islam n’est pas simplement de la prosternation ou de l’agenouillement qui n’ont qu’un sens plat. L’Imâm a qualifié ce mois de mois de l’Islam. Cela veut dire que l’homme doit être, lors de ce mois, prêt à récupérer ce qu’il aura perdu de son Islam puisque les mois dans lesquels l’homme s’occupe de ses besoins, de ses affaires, de ses revenus ou de la satisfaction de ses désirs, pourraient amortir l’esprit de l’Islam dans son âme. Dans ce sens, le mois de Ramadan vient pour permettre à l’homme de récupérer les parties perdues de son Islam, pour renouveler toutes les significations spirituelles dans son âme et pour corriger toutes les déviations qui auraient affecté les relations de l’homme avec soi-même, avec les siens et avec les autres gens.
Et comme ce mois est le mois de l’Islam, l’homme doit y regarder la place de l’Islam dans le monde, car Dieu, a demandé aux gens, dès le moment de l’envoi de Son Messager, de faire de l’Islam leur grand et premier souci. Ils doivent observer son mouvement culturel dans la conscience du monde. Ils doivent observer toutes les situations de conflit conduites contre l’Islam, quant à sa doctrine, sa loi et ses concepts, face à la mécréance et aux mécréants.
Se rencontrer au niveau de l’amour et de la compassion
Lorsque l’homme se met en contact avec le temps de l’Islam, lorsqu’il se rend compte que le mois de Ramadan est le mois de l’Islam, il doit étudier la situation dans le monde musulman, il doit étudier tous les problèmes des Musulmans et leurs combats, car le Musulman ne vit pas son Islam en tant qu’individu. Il se considère plutôt comme faisant partie de cette Nation : ((Vous formez la meilleure nation suscitée pour les hommes ; vous ordonnez ce qui est convenable, vous interdisez ce qui est blâmable, vous croyez en Dieu)) (III, 110). Il en est ainsi car le Musulman fait partie de la Nation. Il ne diffère pas, quant à ses sentiments, ses affections et ses tendances, d’aucun autre Musulman de toute race qu’il soit. Le Musulman noire est comme le Musulman blanc. Les Musulmans en Occident sont comme les Musulmans en Orient. C’est pour cette raison que le Musulman ne se sent pas étranger là où il se trouve dans les autres pays musulmans. Il ne se sent pas neutre dans tous les conflits entre les Musulmans et les Arrogants. La Noble Tradition prophétique l’affirme en disant : « En s’aimant et en se montrant compatissants les uns envers les autres, les Musulmans sont semblables à un organisme vivant : Si l’un de ses organes se plaint d’un mal, tous les autres souffrent pour lui d’insomnie et de fièvre ». La Noble Tradition dit aussi : « Celui qui ne se soucie pas des affaires des Musulmans n’est pas un Musulmans ».
Certains disent qu’ils ne sont pas concernés par ce qui se passe en Palestine, en Afghanistan, en Inde, en Iraq ou dans tout autre pays. Ils disent qu’ils sont des Libanais et qu’ils doivent se soucier des seuls Musulmans vivants dans leur pays. Certains autres se soucient seulement des Chiites et considèrent qu’ils ne sont pas responsables de ce que vivent les Sunnites. Mais nous devons rompre avec cette manière de penser. Il est vrai que les Musulmans divergent quant à leurs écoles juridiques. Mais ils constituent une seule Nation : ((Cramponnez-vous ensemble à la corde de Dieu et ne soyez pas divisés ; rappelez-vous les bienfaits de Dieu sur vous. Lorsque vous étiez ennemis, C’est Lui qui réconcilia vos cœurs. Puis, par son Bienfait, vous êtes devenus frères. Et alors que vous étiez au bord d’un abîme du Feu, c’est Lui qui vous en avez sauvés)) (Coran III, 103).
Cette manière de penser peut être traitée de fanatique, et le fanatisme fait partie de l’ignorantisme. Dieu, le Très-Haut, a caractérisé les mœurs de l’ignorantisme en disant : ((Lorsque les incrédules eurent mis dans leurs cœurs la fureur, la fureur de l’ignorantisme)) (Coran XLVIII, 26). Tout fanatisme, qu’il soit celui d’un parti politique contre un autre parti, celui d’une nation contre une autre nation, même si les deux nations sont musulmanes, est un fanatisme ignorantiste. Il en est de même des autres fanatismes tribaux ou claniques, même si leurs tenants font la prière, le jeûne et le pèlerinage majeur et mineur. Ils sont des ignorantistes lorsqu’ils se comportent avec fanatisme à l’encontre des autres.
Reconnaître ses fautes et se repentir
Pour toutes ces raisons, nous devons savoir que, lorsque nous commençons le mois de Ramadan, nous entrons sur les lieux de l’Islam. Nous devons agir dans le sens de remplir nos raisons, nos cœurs, nos sentiments et notre vie en matière d’Islam. Nous devons lire le Coran d’une lecture réfléchie. Nous devons nous présenter devant Dieu pour L’invoquer, pour Lui parler de nos douleurs, de nos besoins et de nos problèmes. Ajouté à notre jeûne pendant la journée, cela affirme notre volonté d’obéir à Dieu. Et lorsque nous réunissons tous ces éléments, nous trouvons qu’ils éduquent l’homme et approfondissent sa connaissance de Dieu, son rapprochement avec Lui, son amour et l’amitié qui le lient à Lui. Car Dieu connaît tous nos secrets. Que Dieu soit notre soutien et notre refuge auquel nous présentons les plaintes que nous ne pouvons pas présenter aux autres. Nous devons reconnaître devant Lui nos secrets et nos fautes afin qu’Il nous purifie et qu’Il nous absout, car dévoiler nos secrets aux hommes peut nous être humiliant, peut ne pas nous procurer le pardon des autres, alors que Dieu est le seul à nous le procurer : ((C’est Lui qui accepte le repentir de Ses serviteurs. Il efface les mauvaises actions)) (Coran XLII, 25).
Reconnais tes fautes et repens-toi devant Dieu ; Dieu accueille avec affabilité le repentir de Son serviteur. L’invocation dite de « L’Ouverture » dit dans ce sens : « Seigneur ! Que Tu pardonnes ma faute, que Tu excuses mon péché, que Tu m’absous de mon injustice, que Tu fasses abstraction de mes mauvaises actions et que Tu ne prennes en considération beaucoup de mes crimes que j’ai commis sciemment ou par méprise, tout cela m’a incité à Te solliciter ce que Tu ne me dois pas. Je T’invoque sans être inquiété, sans peur et sans crainte, et je m’adresse à Toi comme quelqu’un qui a des avances auprès de Toi. Si Tu ne n’exhausses pas ma demande, je te fais des reproches, poussé par mon ignorance. Mais il se peut que Ton refus d’écouter ma sollicitation soit dans mon intérêt car Tu en connais les conséquences. Je n’ai jamais connu un maître qui soit plus tolérant face à un esclave aussi méchant que moi ».
Quant à moi, je dis toujours que notre relation avec Dieu n’est pas une relation officielle. C’est une relation d’un esclave avec son maître, une relation d’une créature avec son Créateur. Nous n’avons pas besoin d’un intermédiaire entre Dieu et nous. Il est vrai que Dieu permet aux prophètes et aux Imâms d’intercéder pour les hommes. Néanmoins, Il dit : ((Votre Seigneur a dit : « Invoquez-Moi et je vous exaucerai »)) (Coran XL, 60). Il dit aussi : ((Je suis proche, en vérité. Quand mes serviteurs t’interrogent à mon sujet ; Je réponds à l’appel de celui qui M’invoque, quand il M’invoque. Qu’ils répondent donc à Mon appel ; qu’ils croient en moi. Peut-être seront-ils biens dirigés)) (Coran II, 186).
Là, certains pourront dire qu’ils sont analphabètes, qu’ils ne savent pas lire les invocations. Invoque donc Dieu à ta manière, avec tes propres paroles, de la façon avec laquelle tu exprimes tes besoins. Dis-Lui que tu es fatigué et que tu as besoin de repos. Dis-Lui que tu as faim et que tu as besoin d’être rassasié. Certainement, Il te répondra.
L’amour de Dieu est la source de tout amour
L’amour que Dieu te porte n’a pas d’équivalent. Fasse donc que l’amour que tu portes à Dieu soit au-dessus de tout autre amour. Exprimer ton amour à Dieu se fait en Lui obéissant et en exécutant Ses commandements. C’est de cette façon que l’amour devient véritable et réciproque. Dieu dit : ((Certains hommes prennent des associés en dehors de Dieu ; ils les aiment comme on aime Dieu ; mais les croyants sont les plus zélés dans l’amour de Dieu)) (Coran II, 163). Il dit aussi : ((Dis : « Suivez-Moi, si vous aimez Dieu ; Dieu vous aimera et vous pardonnera vos péchés)) (Coran III, 32).
Parmi les personnalités qui ont connu cet amour, on trouve le Commandeur des croyants, ‘Alî (p). Après l’échec des premières tentatives des Musulmans devant les portes de Khaybar, le Prophète (P) a dit : « Demain, je donnerai l’étendard à un homme qui aime Dieu et son Messager et qui est aimé par Dieu et Son Messager ». C’était un amour partagé : Il aime Dieu et Son Messager et Dieu et Son Messager l’aiment.
Apprenons donc, chers frères, à aimer Dieu et à Lui obéir, à être Ses amis et à nous sentir responsables envers Lui, dans nos maisons, dans nos marchés et dans la société. Nous devons être dans les lieux de rapprochement avec Dieu, à Lui la Grandeur et la Gloire, et ce afin que, pendant le mois de Ramadan, Dieu nous voie Lui obéir jour et nuit ; afin qu’Il nous voie prier pendant la nuit et jeûner pendant le jour, afin d’avoir deux fêtes à la place d’une seule : Une fête avec laquelle notre corps retrouve le repos après le jeûne et une fête qu’est la satisfaction de Dieu.
L’Imâm ‘Alî (p) disait : « La fête est une fête pour celui que sa prière et son jeûne sont agréés par Dieu. Chaque jour où Dieu n’est pas désobéi est une fête ».